OTTAWA - Les néo-démocrates ont de grandes ambitions. "On croit être en mesure d'aller chercher entre six et 12 sièges pour le Québec", prédit le seul député néo-démocrate québécois, Thomas Mulcair.
La formation n'a jamais réussi pareil exploit. De toute son histoire, le Nouveau Parti démocratique n'a jamais eu plus d'un député québécois à la fois. Mais Thomas Mulcair, qui en a fait sursauter plusieurs en ravissant Outremont aux libéraux lors d'une partielle, est en charge de la campagne québécoise de son parti et il affiche un enthousiasme débordant.
Il égrène les noms de ses candidats vedettes dans Gatineau, Lévis-Bellechasse ou Westmount-Ville-Marie. Il claironne les préoccupations de son parti qui sont, d'après lui, celles des Québécois: l'environnement, les coûts de l'énergie, l'Afghanistan.
"On est les seuls qui avons parlé contre la guerre en Afghanistan et ça rejoint beaucoup de Québécois", dit-il.
Et puis, il compte sur une stratégie pour identifier et sortir le vote, qui serait hors du commun, s'il faut l'en croire. Il aurait "des trucs que les autres n'ont jamais vus".
Il est vrai que le NPD, pour la première fois dans une campagne électorale, mettra le paquet - financièrement - pour le Québec. Le parti dépensera au Québec le maximum permis par la loi, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
M. Mulcair, ancien ministre québécois qui en sera à sa cinquième campagne électorale, est sûrement à l'origine de cette décision d'investir autant pour charmer les Québécois. Mais il préfère en donner le crédit à son chef Jack Layton, "le premier chef du NPD né au Québec", qui comprend l'importance de la province, selon son député.
Les néo-démocrates compteraient aussi sur la "popularité de Jack" au Québec. Luc Dupont, professeur à l'Université d'Ottawa et spécialiste en communication et en images, émet un doute. "Jack Layton, au Québec, j'ai des réserves. Au moment de chacun des débats (des chefs), malheureusement, ça ne passe pas", constate l'universitaire.
Selon M. Dupont, la difficulté pour le chef néo-démocrate durant cette campagne sera de décider "sur qui frapper".
Politicien d'expérience, le député Mulcair démontre qu'il peut faire d'une pierre au moins deux coups: "Stéphane Dion a donné raison à Stephen Harper contre Kyoto".
Quant aux autres partis qui lui font compétition sur son terrain, à gauche...
Depuis plusieurs mois, le NPD se vante de ravir des appuis au Bloc québécois. Réjean Pelletier, professeur de sciences politiques à l'Université Laval, admet que le NPD peut être une "solution de rechange" pour les électeurs qui ne voudraient plus voter pour le Bloc. Mais il croit aussi que ceux qui abandonneraient les candidats bloquistes pourraient tout aussi bien se tourner vers le Parti conservateur.
Il y a aussi les verts qui lui disputent le rôle de champion de l'environnement. Mais le parti de Jack Layton se vante d'avoir trouvé une liste de candidats issus des groupes environnementaux. M. Mulcair cite la candidature de Daniel Breton, dans Jeanne-Le Ber, pour conclure que son équipe au Québec "réduit les verts à néant, contrairement à d'autres endroits au Canada où ils peuvent demeurer assez forts".
Celui qui affiche toute cette assurance se montre pourtant prudent pour assurer sa propre réélection. Bien qu'il soit l'organisateur en chef de la campagne québécoise de son parti, M. Mulcair ne sera absent que trois jours, au maximum, de son comté d'Outremont pendant les 37 jours de la campagne. Parce qu'il doit d'abord et avant tout se faire réélire, ce qui déjà serait une première pour son parti au Québec.
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